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FIGURES SEULES

DU VIDE ET DE LA MÉLANCOLIE

La fondation Lee Ufan d’Ales accueil l’exposition “Figures seules” jusqu’au 24 septembre regroupant 5 artistes

Brigitte Aubignac, Ymane Chabi-Gara, Marc Desgrandchamps, Tim Eitel et Djamel Tatah, cinq artistes peintres travaillant en France réunis autour du thème des figures solitaires : telle est la magnifique exposition qui nous est donnée à voir cet été à la fondation Lee Ufan d’Arles.

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© Lee ufan Arles

Quoi de commun entre les figures solitaires peintes par Tim Eitel ou Djamel Tatah et une pierre posée sur une plaque de verre ou de métal par l’artiste coréen Lee Ufan ? Le vide. Ce vide qui dans la toile Sans Titre de Djamel Tatah de 2022 occupe les trois quarts du tableau composé d’un grand fond bleu encadré de part et d’autre d’une figure d’homme et d’une colonne ; de même que dans le tableau Tür [Porte] de Tim Eitel de 2006 donnant à voir un grand rectangle gris faisant face à une figure féminine… Troublante mise en abyme (le grand rectangle gris faisant écho à la pochette grise tenue par la jeune femme) obturant l’espace pictural, tandis que dans un autre tableau du peintre allemand, c’est plutôt une ouverture vers l’infini que semble représenter le grand cercle jaune vers lequel marche un homme figuré de dos.

« La confrontation de la figure humaine à l’ordre d’une géométrie, par sa nudité et sa neutralité mêmes, exacerbe la sensation d’isolement et de silence », explique l’historien d’art Philippe Dagen, commissaire de l’exposition. « Les figures féminines et masculines debout de Tatah donnent l’impression de faire face, seules, à un monde et à un temps dont, si l’on peut dire, elles ne font pas vraiment partie. Elles en sont séparées, comme elles le sont des couleurs en avant desquelles elles se trouvent : distance que l’on pressent infranchissable. La sensation est aussi intense – et parfois douloureuse – dans les toiles d’Eitel, qui peint l’impossibilité de [… la] communication. Eitel et Tatah “disent” la solitude par la suppression du monde environnant. »

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Brigitte Aubignac, 3h30 Insomnie verte, 2014 courtesy of the artist and Galerie Pierre-Alain Challier, Paris © Studio Christian Baraja

Brigitte Aubignac et Ymane Chabi-Gara, en revanche, situent leurs figures solitaires dans le désordre oppressant du quotidien : canapé défait d’une Insomnie verte, avalanche de papiers sur et sous un bureau de souffrance (Hikikomori 6, 2020) 1 … C’est dans l’enfermement, la saturation de l’espace que la solitude instille ici son poison.

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Marc Desgrandchamps, Sans titre, 2016 © Marc Desgrandchamps, courtesy of the artist and Galerie Lelong & Co. Paris

Flottant dans un espace et une temporalité flous, les personnages isolés de Marc Desgrandchamps, quant à eux, semblent évoluer entre plusieurs réalités, entre le tangible et l’intangible. Souvent translucides, traversés par les paysages sous-jacents ou occultés par des branches de bois mort, ils paraissent impénétrables. Tels des fantômes errant dans un monde étrangement inconsistant, ils exhalent, en leur évanescence, un prégnant et âcre parfum de solitude.

1. Hikikomori désigne en japonais des femmes ou des hommes, adolescents ou jeunes adultes généralement, qui vivent claustrés chez eux pendant des mois ou des années, refusant tout contact social.

Stéphanie Dulout

Catalogue paru aux Éditions Martin de Halleux avec des textes de Philippe Dagen et de Lee Ufan.

« Figures seules »
Lee Ufan Arles
5, rue Vernon, Arles
Jusqu’au 24 septembre 2023
leeufan-arles.org