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ARTHUR HARARI, LE TALENT DISCRET

France – Paris

En septembre, Arthur Harari est doublement à l’affiche : en tant qu’acteur dans Le Procès Goldman de Cédric Kahn, et comme coscénariste d’Anatomie d’une chute, Palme d’or du dernier Festival de Cannes, réalisé par sa compagne Justine Triet. Portrait d’un discret couteau suisse du cinéma français. 

À le voir, on ne sait pas s’il fut le premier de la classe ou l’élève turbulent. Il a le regard un peu fuyant des artistes dans la lune, mais lorsqu’on parle avec lui, il est volubile et sa pensée est précise. Tous ceux qui le connaissent semblent d’accord : c’est un individu brillant. Pas étonnant que Nicolas Pariser pense à lui pour un petit rôle d’énarque dans son court-métrage La République (2010). Ce sera la première incursion devant la caméra de celui qui a déjà tourné trois courts-métrages en tant que réalisateur. L’exercice plaît à Arthur Harari, qui portera la casquette de comédien plus d’une dizaine de fois – en général de tout petits rôles dans des films de copains. Il faut dire que c’est de famille : son grand-père, Clément Harari, fut un pléthorique acteur de théâtre et de cinéma qu’on a vu aussi bien dans Notre-Dame de Paris de Jean Delannoy (1956) qu’en vieux rabbin dans Train de Vie de Radu Mihaileanu (1998).  

Cette fois-ci, ce n’est plus un petit rôle que campe Arthur Harari. Dans Le Procès Goldman de Cédric Kahn, il est Georges Kiejman, le fameux avocat de Pierre Goldman (interprété par Arieh Worthalter), militant d’extrême gauche accusé de meurtre en 1976 dans une affaire retentissante. Un rôle cérébral, tout en retenue, du sur-mesure pour celui qui s’est taillé discrètement une place d’incontournable d’un cinéma exigeant. Avec sa compagne Justine Triet, ils ont écrit en couple l’histoire d’un couple passé au radar de la justice dans Anatomie d’une chute, après avoir déjà collaboré sur Sibyl (2019). En tant que cinéaste, c’est avec le thriller Diamant noir qu’Arthur Harari se fait connaître en 2016. Accueilli par une presse dithyrambique, ce drame familial dans le milieu des diamantaires d’Anvers vaudra à Niels Schneider un César du meilleur espoir masculin. Six ans plus tard, son audacieux second long-métrage confirmera sa place à part dans le cinéma français. Avec Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, Arthur Harari tourne au Cambodge un film entièrement en japonais sur l’histoire aussi étonnante que terrible d’un soldat de la Seconde Guerre mondiale qui ne savait pas que la guerre était terminée. L’odyssée philosophique de ce héros solitaire et anachronique rappelle les grands films américains classiques. L’époustouflante photographie n’y est pas pour rien. Elle est signée Tom Harari. Un autre Harari, rare et talentueux comme son frère – et ne parlons pas du troisième, Lucas, brillant auteur de BD. Une fratrie dont le talent est à suivre.   

Pierre Charpilloz

Le Procès Goldman de Cédric Kahn, en salles le 27 septembre 2023
Anatomie d’une chute de Justine Triet, en salles depuis le 23 août 2023