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LORE STESSEL, ENTRE PEINTURE ET PHOTOGRAPHIE 

Mêlant les outils photographiques au geste pictural, l’œuvre de l’artiste belge séduit et déconcerte. Une belle découverte de la galerie Les Filles du calvaire qui lui consacre une première exposition personnelle en France avec une magnifique série de photographies sur toile issue d’une rencontre avec des danseurs. 

De la peinture apprise à la Luca School de Bruxelles, Lore Stessel a, en effet, gardé le support – la toile – et le geste – celui par lequel elle applique (sur le tissu) l’émulsion gélatino-argentique permettant la révélation des images. Pour le reste (l’enregistrement des images sur pellicule, leur développement et leur tirage), il s’agit bien de photographie – une pratique dont elle a fait l’apprentissage à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Le mélange des procédés est d’autant plus riche et éloquent qu’il s’applique à une chorégraphie : comme si la fluidité du geste appliquant au pinceau l’émulsion révélatrice voulait s’accorder à celle des corps en mouvement, afin d’en rendre avec la plus grande justesse l’éphémère beauté.

C’est à la fois une grande puissance et une grande délicatesse, mais aussi une grande sincérité qui émanent de ces clichés où les figures, concentrées sur leurs mouvements, ne prennent pas la pose… Tout en tension, ces corps sont criants de vérité. Une vérité à la fois très ancrée dans le temps – les danseurs, vêtus de shorts et de T-shirts sont bien de notre époque – et intemporelle – de par l’usage du noir et blanc. 

La beauté ici rime avec émotion, celle contenue dans chaque geste, chaque mouvement de mains, de bras, de jambes ou de pieds, chaque torsion ou chaque collision. Poetry of the gang (Poésie du gang) est le titre de plusieurs clichés de la série qui montrent des corps mêlés évoquant l’amour, la lutte ou l’espoir… : « une multiplicité subtile de sentiments », pour reprendre les termes de l’artiste qui disait déjà, lors du festival Planches Contact de Deauville de 2012, où elle avait été repérée comme « Jeune talent » : « Les photographies se métamorphosent. Elles se situent entre rêve et réel, lumière et ombre, mouvement et fixité. »

STÉPHANIE DULOUT

Née en 1987, Lore Stessel vit et travaille à Bruxelles.

lorestessel.com

@lorestessel

« Lore Stessel. Vague » 

Galerie Les Filles du calvaire 

17, rue des Filles-du-Calvaire, Paris 3e 

France – Paris