De la haute couture aux paysages, les multiples vocations de Federico Forquet vues par Hamish Bowles

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Couturier puis décorateur d’intérieur, paysagiste et collectionneur, Federico Forquet, toujours actif à 89 ans, est peu connu du grand public. The World of Federico Forquet, ouvrage richement illustré réalisé par le journaliste et historien de la mode Hamish Bowles avec l’aide du photographe Guido Taroni, apporte un éclairage sur les multiples talents de ce fascinant créateur, tout en retraçant une part de l’histoire sociétale de l’Italie d’après-guerre et de sa dolce vita.

Après soixante-quinze ans d’une longue et riche carrière qui l’ont conduit à fonder un atelier de couture à son nom avant d’employer son talent à dessiner des jardins, Federico Forquet est un homme qui ne regrette aucune de ses créations, qu’elles soient des robes ou des compositions verdoyantes. Suivant son inspiration nourrie d’un raffinement classique mêlé à une exubérance méditerranéenne, n’ayant de cesse d’enrichir son savoir-faire unique développé au contact des plus grands, Federico Forquet a démontré une parfaite aisance dans les différents domaines dans lesquels il s’est investi.

C’est à l’occasion d’un séjour à Marrakech dans la villa de Marella Agnelli que Hamish Bowles rencontre Federico Forquet. Fasciné par les créations du couturier qui ont marqué la mode des années 1960 en dépit de sa courte carrière de dix ans, le journaliste voit aussi dans cette rencontre l’occasion d’approfondir ses connaissances dans le cadre d’expositions qu’il organise sur Cristóbal Balenciaga dont Federico Forquet a été le disciple.

Dès ses débuts, la carrière du jeune Napolitain est placée sous le signe d’une bonne étoile. Né dans une famille influente, il passe son enfance entre le palais familial à Naples et leur propriété de Forino, au milieu de musiciens, d’intellectuels et des membres de la famille royale italienne que fréquentent ses parents. À 23 ans, il rencontre le grand maître de la couture Cristóbal Balenciaga et rejoint celui-ci à Paris pour travailler à ses côtés pendant quatre ans. Retournant ensuite vivre à Rome, il met ses talents au service de grandes enseignes avant de décider de lancer sa propre maison de couture en 1961, à l’âge d’or de la dolce vita. Le style singulier de Federico Forquet, jouant sur les lignes asymétriques et les couleurs vives, reflète l’époque du glamour italien et séduit la jet-set. Le styliste habille les figures de la haute bourgeoisie italienne, comptant parmi ses clientes Allegra et Marella Agnelli, puis après avoir conçu des costumes pour le théâtre et le cinéma, il est également sollicité par de nombreuses actrices comme Anita Ekberg, Sophia Loren ou Faye Dunaway. Son talent lui vaut d’être surnommé le « Christian Dior italien » par le Harper’s Bazaar. C’est une décennie de succès pour ce grand couturier dont les créations lui valent aussi l’éloge de la presse et des professionnels.

Pourtant, en 1972, Federico Forquet décide de fermer sa maison de couture. Pour ce styliste attaché à la haute couture, l’essor du prêt-à-porter qui prend de l’ampleur à partir des années 1970 est un bouleversement. Il sait au fond de lui ne pas être « né pour faire ça ». Dans une interview donnée au New York Times en 2014, il confiera: « Si vous créez un empire, vous devenez un empereur. Mais je préfère être un citoyen du monde privé et heureux. »

Federico Forquet se découvre alors une autre vocation en se tournant vers l’architecture d’intérieur. Il décore ainsi ses propres espaces et son style singulier, mêlant classicisme et influences napolitaines, lui vaut les commandes de son cercle d’amis. C’est au contact de son partenaire, l’acteur Matteo Spinola, qu’il se tourne ensuite vers le paysagisme. Ensemble, ils rachètent une grange en Toscane située sur une colline surplombant Monte Cetona, célèbre pour les propriétés curatives de son eau thermale, et créent Valle Pinciole. Ce lieu aux jardins féériques devient l’incarnation même de leur relation. C’est le grand paysagiste Russell Page qui leur donne l’idée de réunir deux bâtiments existants pour dessiner un espace clos de verdure. En 2006, à la disparition de son compagnon, Forquet dira : « Cetona est devenue ma raison de vivre. » S’il décide de léguer la Valle Pinciole au Fondo Ambiente Italiano, le fonds national italien pour la conservation du patrimoine, Federico Forquet continue néanmoins d’entretenir et d’embellir la propriété, pensée comme une entité vivante et évolutive.

L’ouvrage somptueux conçu par Hamish Bowles et le talentueux photographe Guido Taroni, qui ont rassemblé des dizaines d’années d’archives, illustre les multiples talents du créateur et nous éclaire sur sa nature discrète qui lui a fait préférer une vie paisible à la lumière des projecteurs. Décrit comme chaleureux et bon vivant par son entourage, Federico Forquet rayonne d’une joie de vivre rare dans les milieux où il s’est distingué, qui transparait tout au fil de ces pages. Soixante-quinze ans de carrière qui incarnent une certaine idée de l’élégance à l’italienne.

The World of Federico Forquet: Italian Fashion, Interiors, Gardens de Hamish Bowles

Paru le 15 septembre 2020 aux éditions Rizzoli

Contribution de Marella Caracciolo Chia, Sofia Gnoli et Allegra Caracciolo Agnelli, photographies de Guido Taroni

www.rizzoliusa.com/book/9780847868995