Clubhouse, la nouvelle application qui bouleverse l’univers des réseaux sociaux

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Dernier né des réseaux sociaux, Clubhouse suscite un véritable engouement planétaire qui se propage aujourd’hui en France. Au-delà de sa croissance exponentielle et du possible effet de mode, ce nouveau média parviendra-t-il à définir une nouvelle voie dans la communication virtuelle et à y rétablir des échanges plus authentiques, préservés des commentaires haineux qui pullulent sur d’autres plateformes ? Décryptage d’une application qui pourrait chambouler les interactions digitales.

Lassés des publications léchées sur Instagram, des petites phrases cyniques des trolls sur Twitter, des publications corporate sur LinkedIn ou des chorégraphies sur TikTok ? Et si vous passiez à Clubhouse ? Clubhouse… quésaco ? Tout dernier né des réseaux sociaux, enregistrant une croissance exponentielle avec déjà plus de 8 millions de téléchargements, Clubhouse ne cesse de faire parler de lui. Aujourd’hui accessible uniquement sur invitation et sur iPhone, cette plateforme digitale ne ressemble en effet à aucune autre.

Son principe ? Ici, ni photo, ni vidéo, ni message écrit, ni hashtag : le seul médium est la voix. Une fois obtenu le sésame pour s’inscrire à l’application, les utilisateurs peuvent échanger de vive voix et en direct, à deux ou à plusieurs, dans des « rooms ». Ces sortes de salles de conférences audio peuvent être créées par tout utilisateur autour du sujet de son choix. Dans ces agoras virtuelles pouvant accueillir jusqu’à 5 000 participants, des modérateurs improvisés animent les discussions et chaque personne, experte ou néophyte, peut intervenir en « levant la main » par l’intermédiaire d’un bouton ou bien simplement écouter selon son temps disponible. Des clubs dédiés à des sujets divers et variés (p. ex. la littérature africaine, le bitcoin, les clés pour réussir une levée de fonds, la méditation, les relations amoureuses) regroupent les utilisateurs autour d’intérêts communs. Ergonomique, facile d’utilisation, Clubhouse offre par ailleurs une qualité audio surprenante. Autre spécificité de l’application : les conversations n’y sont pas enregistrées.

Lancée en mars 2020 par Paul Davison et Rohan Seth, deux anciens alumni de Stanford passés par Pinterest et Google, Clubhouse a vite séduit grâce à son format innovant, au moment où le monde plongeait en période de confinement. Face aux mesures de distanciation sociale, l’application est apparue comme un outil novateur pour maintenir le contact, échanger et recréer des liens humains, alors que les échanges en présentiel étaient limités. Prisée à ses débuts par le monde de la Silicon Valley, la plateforme est depuis adoptée par des personnalités de renom comme Mark Zuckerberg, Steve Ballmer ou Elon Musk, le patron de Tesla, ce qui n’a fait que renforcer l’attractivité de Clubhouse. L’application a aussi bénéficié du soutien de la communauté afro-américaine qui y est venue par l’intermédiaire de ses investisseurs, comme le révèle une longue enquête du Monde. La présence de figures emblématiques afro-américaines parmi les utilisateurs, comme la papesse des médias Oprah Winfrey, les rappeurs Meek Mill et Drake ou encore les activistes du mouvement Black Lives Matter, a grandement contribué au succès de Clubhouse, mettant en lumière les voix et les préoccupations de cette communauté, au point que l’application est décrite par certains comme un nouveau « Twitter black ».

Un an après le lancement de Clubhouse, la plateforme s’est développée de façon impressionnante. Le réseau compterait 2 millions d’utilisateurs hebdomadaires et sa valorisation s’élèverait déjà à 1,5 milliard de dollars. En France, le nombre d’utilisateurs encore confidentiel il y a six mois est en forte progression depuis le début de l’année, et compte nombre de personnalités du monde des affaires ainsi que des politiques, humoristes et journalistes attirés par la nouveauté du format audio.

Échanger par la voix pourrait introduire une nouvelle tonalité et une nouvelle forme de communication plus authentique et plus directe que celle utilisée sur d’autres réseaux sociaux. Utilisateur de Clubhouse depuis février, le journaliste Louis Morin, qui organise régulièrement une room où il reçoit des personnalités politiques, fait le constat suivant : « Quand on retire l’image, on est plus concentré sur la voix, le contenu. Devoir s’écouter oblige à une certaine bienveillance, c’est un apport différent et intéressant par rapport à ce qui existait jusqu’alors. » Son premier invité fut le ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Franck Riester, qui était tutoyé par tous les participants lors de l’échange. « Les propos sont plus libres, plus authentiques, cela peut donner lieu à des révélations, tandis que sur les médias traditionnels, les prises de parole sont formatées. Sur Clubhouse, les questions ne sont pas filtrées. C’est un risque pour l’intervenant, mais les utilisateurs se démarquent aussi par une bienveillance globale », ajoute le journaliste. Aux États-Unis, les utilisateurs ont pu s’adresser en direct à Elon Musk dans une room où ce dernier participait. L’entrepreneur, séduit par le format, a lui-même lancé une invitation ouverte à Vladimir Poutine pour venir débattre sur l’application. L’accès direct à des experts ou des personnalités de renom est un autre atout qui fait le succès de l’application. « On peut accéder plus facilement à des personnes que sur d’autres réseaux », note Louis Morin qui précise : « Xavier Niel, Jean de La Rochebrochard, le patron de Kima Ventures, sont sur Clubhouse et interviennent dans des rooms. D’autres personnalités œuvrant dans différents domaines (p. ex. politique, médiatique), utilisent aussi activement l’application. Il est possible d’interagir de manière moins contraignante que sur d’autres plateformes comme LinkedIn, par exemple, où le discours est plus maîtrisé. »

Besoin de conseil ou de partage d’expérience ? Les échanges par la voix offrent une certaine garantie en matière de sincérité et préservent en partie cette communication du ciblage marketing ou des commentaires haineux qui cannibalisent d’autres réseaux. Clubhouse est ainsi un moyen pour certaines personnes d’élargir leur réseau auprès d’experts, autour d’intérêts partagés. Parmi les thématiques les plus populaires, on trouve la réussite entrepreneuriale, le développement personnel, la confiance en soi, mais aussi l’alimentation ou l’humour qui reflètent les préoccupations d’une génération et ses questions face à ses perspectives. « Le rêve du CDI était un rêve des années 1980. Ce n’est pas la perspective d’un jeune aujourd’hui. Les jeunes actifs ont conscience qu’il faut construire son avenir professionnel par soi-même, ce qui explique le succès des sujets liés à l’entrepreneuriat », analyse Louis Morin.

Un nouveau format de communication et d’influence est-il en train de se dessiner ? Comme l’illustre la multiplication des podcasts, l’utilisation de l’audio est en plein essor dans les contenus et les interactions digitales. Et en la matière, Clubhouse apporte une dimension innovante en donnant la possibilité d’échanger de façon instantanée, sans replay, et permet de toucher des communautés parfois éloignées des médias traditionnels. Certains l’ont d’ailleurs bien compris, notamment les politiques avertis, empêchés d’organiser des réunions et des meetings. Plusieurs d’entre eux ont déjà rejoint l’application et organisent régulièrement des rooms pour échanger librement avec des utilisateurs. Ainsi, plusieurs membres du gouvernement comme Franck Riester, mais aussi Jean-Baptiste Djebbari, Cédric O ou Clément Beaune, sont présents sur la plateforme et ont organisé des échanges autour de leurs sujets d’expertise. D’autres comme l’ex-secrétaire d’État et député Mounir Mahjoubi y sont aussi actifs. A contrario, on note que des représentants de partis plus polémiques comme la France insoumise ou le Renouveau national n’y sont pas présents, ce qui favorise la sérénité des discussions. À l’approche de nouvelles élections, à une période où il est impossible de tenir les réunions en présentiel, les réseaux sociaux s’avèrent être un outil d’impact et d’influence dans l’organisation des campagnes. « Alors qu’on assiste à une révolution des usages et des modes de consommation de l’information, il est évident que la campagne des présidentielles se fera plus sur les réseaux sociaux », observe Louis Morin, avant de préciser : « C’est encore limité sur Clubhouse aujourd’hui, mais si l’application se développe et devient accessible sur Android et PC, l’audience progressera, et la possibilité de tenir des meetings virtuels de 2 000 à 3 000 participants a un intérêt évident. Par ailleurs, les interactions directes actuellement permises par l’application sont intéressantes pour les hommes politiques, notamment dans une période où les rencontres avec les électeurs sont restreintes au minimum. »

Un développement et des atouts surveillés de près par les concurrents. En décembre dernier, Twitter a ainsi lancé Spaces, une plateforme basée sur la voix et disponible sur Android, Instagram a lancé ses Live Rooms – salons en direct qui permettent d’échanger et de se filmer – et, selon le New York Times, Facebook travaillerait sur un projet basé sur un fonctionnement similaire. Alors que les internautes sont clairement à la recherche d’une plus grande « authenticité » et de rapports de confiance sur le digital, la voix pourrait bien s’imposer comme un médium privilégié. Le succès de ClubHouse démontre que la parole est actuellement…la voie à suivre !