Nancy Baker Cahill, quand la réalité augmentée transpose le musée et l’expérience artistique hors des murs.

Partager

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin
Partager sur email

Artiste américaine, Nancy Baker Cahill réalise des œuvres conceptuelles en réalité augmentée. Son dernier projet « Liberty Bell » a été dévoilé simultanément dans six sites historiques aux États-Unis. Elle questionne l’inclusion et la place de l’art dans les institutions. Une véritable expérience immersive, accessible à tous à partir d’un smartphone et met en évidence l’investissement de la technologie dans l’art et ouvre aux artistes et au public de nouveaux horizons.

Quand Nancy Baker Cahill débute ses échanges avec l’Art Production Fund en vue de créer une nouvelle œuvre devant être dévoilée le 4 juillet 2020. Elle choisit de s’inspirer d’un symbole de l’indépendance américaine : la cloche de la liberté de Philadelphie. Après deux années de travail, sa création conçue pour la réalité augmentée est devenue une cloche conceptualisée. Elle est semblable à une bobine animée de fils multicolores en mouvance dans l’espace.

Initialement prévue pour une inauguration à Philadelphie, l’œuvre est en fait dévoilée sur six sites historiques aux États-Unis. Boston où eut lieu la révolte « Boston Tea Party ». Fort Tilden sur la péninsule de Rockaway. Le Washington Monument à Washington. Fort Sumter à Charleston, les Rocky Steps menant au Musée d’art de Philadelphie et le pont Edmund Pettus à Selma qui fut le cadre de marches sanglantes pour les droits civiques en 1965.

Sur chaque site, le visiteur est invité à télécharger 4th Wall, une plateforme d’art public accessible à tous, et à placer son téléphone face au monument. La cloche animée apparaît alors en 3D, planant dans les airs face aux édifices. Conçu comme une exposition librement accessible au public, cet artefact qui flotte dans les airs symbolise la façon dont

« le concept même de la liberté était imparfait dès ses débuts [et] n’était accessible qu’à un groupe de personnes sélectionnées et non aux autres », souligne Nancy Baker Cahill.

La cloche qui s’agite est accompagnée du son d’un carillon de plus en plus fort.  La liberté sonne… mais pour qui sonne-t-elle ?
Par pure coïncidence, l’artiste fait passer ce message lors d’un été 2020 marqué par des manifestations « Black Lives Matter » devant de nombreux monuments publics. Ces derniers soulèvent une interrogation sur la liberté, les droits et les responsabilités.

« Il y a une raison pour laquelle l’application s’appelle 4th Wall. C’est précisément parce qu’elle casse les murs. Vous n’avez pas à être dans une galerie ou dans un musée pour accéder à l’art. Vous pouvez être ou vous voulez pour avoir une expérience artistique puissante et riche par son concept », précise Nancy Baker Cahill.

Pour Nancy, la technologie est un vecteur d’inclusion par sa capacité à provoquer des dialogues dans différentes communautés.  Elle permet une nouvelle approche de l’art quand, de la rue au smartphone, le lieu et l’œuvre fusionnent au détour d’un clic. La réalité augmentée permet de vivre le musée en extérieur, comme une visite virtuelle à portée de main :

« Quand j’ai constaté qu’il était possible de géolocaliser des œuvres d’art, j’ai réalisé qu’il y avait un potentiel infini pour créer des conversations artistiques in situ – ce qui est souvent l’essence des installations d’art public : élargir et démocratiser l’accès à l’art pour le conduire des institutions à un large public. »

Libérer l’œuvre des contraintes du support physique, pouvoir investir des espaces urbains par le virtuel, démocratiser l’art ! La réalité augmentée s’immisce de plus en plus dans le monde de l’art.
Nancy Baker Cahill a déjà derrière elle un long parcours artistique consacré à ce médium auquel s’intéressent désormais d’autres artistes. En 2019, le New Museum de New York  et Apple collaborent et lancent l’opération [AR]T : une sélection de sept artistes contemporains majeurs – Nick Cave, Nathalie Djurberg et Hans Berg, Cao Fei, John Giorno, Carsten Höller et Pipilotti Rist – réalisent des œuvres en réalité augmentée qui sont ensuite disséminées dans des Apple Stores de six grandes villes du monde.

La plupart de ces artistes reconnus utilisaient cette technologie pour la première fois. Des galeries se sont spécialisées dans ce medium, comme la galerie Transfer à Brooklyn aux États-Unis ou la galerie Thomas Crown Art à Birmingham au Royaume- Uni, et exposent des artistes utilisant la réalité augmentée.
Faut-il craindre que l’usage de la réalité augmentée dans l’art accentue la distance entre le monde réel et celui observé à travers le smartphone ?

Pour Nancy Baker Cahill, « les smartphones fonctionnent déjà largement comme des prothèses visuelles. Aujourd’hui, avec les tablettes, ils sont les outils les plus accessibles pour vivre des expériences artistiques immersives ».

Bien que la réalité augmentée – comme la réalité virtuelle – transporte explicitement le spectateur «en dehors» du monde réel, elle peut être une invitation à interagir avec d’autres à travers l’expérience immersive.

NANCY BAKER CAHILL

Née en 1970, Nancy Baker Cahill est une artiste multidisciplinaire américaine basée à Los Angeles. Elle est connue pour son travail à l’intersection des beaux-arts, de la justice sociale et des technologies émergentes telles que la réalité virtuelle et la réalité augmentée. Nancy Baker Cahill utilise internet comme un outil de subversion, de résistance et de dialogue auprès des communautés. Ainsi que comme vecteur d’inclusion pour étendre l’appréciation de l’art public.
Conférencière TEDx, Nancy Baker Cahill a reçu le prix « Impact-Maker to Watch » à Los Angeles. Elle a été nommée par le Los Angeles Times comme l’un des visages de l’art de l’année. Nancy siège à de nombreux conseils d’administration, notamment ceux de Fulcrum Arts Advisory, LACE (Los Angeles Contemporary Exhibitions) et Kaleidoscope’s Activist Lens Grant.

4th Wall

4th Wall est une plateforme digitale d’art public en réalité augmentée accessible à tous qui explore la résistance et l’expression créative inclusive. Crée en 2018 par Nancy Baker Cahill qui en est la directrice artistique.
L’’application invite les utilisateurs physiquement présents dans différents endroits du monde à visionner ses œuvres en localisant, en positionnant à l’échelle, et en enregistrant quatre dessins originaux en réalité augmentée de l’artiste. L’application accueille aussi des expositions géolocalisées à travers la plateforme d’art public « Coordinates ».