MODEM, 
INTERVIEW EZIO BARBARO

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Ezio Barbaro, éditeur et fondateur de Modem, nous a invités dans son antre au 74, rue Quincampoix à Paris.
Ancien galeriste, il a su trouver sa vocation et s’imposer dans l’industrie de
la mode !

Cet Italien passionné, réservé et révolutionnaire, a changé la donne en créant le seul moyen de se procurer les informations nécessaires pendant les Fashion Weeks de Berlin, Copenhague, Londres,Milan, New York, Paris et Tokyo.

Acumen Galerie Joseph dresse le portrait du créateur de Modem: une rencontre riche en
anecdotes, mais surtout un échange instructif sur son parcours et sa vision de l’avenir de la mode.

modem online women collection

Ezio Barbaro, l’italien derrière le rideau

Modem n’est pas l’œuvre du hasard. Ezio Barbaro, ancien galeriste dans les arts plastiques, connaît le langage des artistes. Après avoir renoncé à sa vocation première, il s’est retrouvé à défendre de jeunes créateurs de mode. En 1997, alors que Paris connaît un engouement créatif important, Ezio Barbaro décide de créer l’outil de référence pour les professionnels de la mode et du design.

« Ce qui est important, ce n’est pas ce que j’ai fait, mais la façon dont je l’ai fait. »

L’anarchie parisienne était à son comble au moment où Ezio Barbaro décida de créer Modem.

« En me baladant avec des acheteurs, j’ai remarqué qu’ils ne savaient pas où étaient les
showrooms, et je me suis demandé comment je pouvais faire pour les mettre au courant. J’ai donc commencé à réfléchir sur la nécessité d’un outil qui engloberait tout. »

La dimension créative a toujours été au cœur de la réflexion chez Ezio. Son intérêt pour l’art, le design et la mode a évolué au fur et à mesure de ses rencontres avec les artistes. Ceux-ci contribuent depuis des décennies à faire de ces trois secteurs des vecteurs de créativité ambulants, et ils explorent des territoires disparates pour mener à bien les projets qui les animent.

« J’étais intéressé par la dimension créative à l’époque, notamment celle de la mode. Le design, c’est une autre composante de la création, j’ai donc construit une dynamique évènementielle autour du design avec des salons et des showrooms aussi.
À un moment, j’étais plus attiré par la mode et moins par le design parce que, même en
participant à la création d’une vivacité dans la capitale, cette dernière a perdu son action
collective, et ma recherche autour du design, professionnellement parlant, s’est estompée. Je m’y intéresse toujours, mais de façon personnelle, tandis que la mode reste inébranlable pour mon activité. »

Après avoir évoqué un nombre important d’artistes, de designers et de créateurs de mode, nous
avons demandé à Ezio Barbaro quelles étaient les personnes qui avaient le plus marqué sa carrière?

« Personne, rien, je n’en ai pas de préférée. Pour moi, ça se base sur les goûts personnels, il y en a tellement qui sont bons et qui me surprennent. C’est comme me demander quelle ville je préfère : Rome, Paris, Venise. Chacune a un esthétisme incroyable et unique ; c’est comme les femmes : chacune a son charme.
Pour toute création, il y a des choses que l’on voit directement et d’autres que l’on ne perçoit
qu’après une longue contemplation. C’est comme l’Art : si on trouve un œuvre bien dès le début, il faut douter de son impression parce qu’il se pourrait que celle-ci n’ait rien d’original, même si l’esthétisme qui s’en dégage est bien. Au contraire, ce qui perturbe dans une création est en fait ce qui est intéressant. »

 

modemonline david bowie cover

Quand Modemonline révolutionna le secteur de la mode 

Modem est né il y a 23 ans d’un désir omniprésent depuis toujours chez Ezio Barbaro de
défendre la création. Cela n’a pas été simple pour Ezio de faire valoir sa première édition, mais du
moment où il s’est lancé, il n’a ensuite jamais regardé derrière lui, ni écouté ceux qui n’étaient pas
en accord avec ses idéaux.

« Pour la première édition, je n’avais aucun financement, mais je me suis débrouillé pour en
trouver. Pour avoir l’aval de la mairie, il fallait que la chambre syndicale dise ʺOuiʺ.
J’y suis
 allé avec mon paquet de papiers sous la main et j’avais mélangé toutes les références de professionnels qui venaient à Paris, ainsi que les défilés, de même que les on et les off ! Ils se sont énervés parce que je n’avais pas le droit de citer des adhérents de la chambre syndicale. Je n’ai rien voulu écouter, et j’ai demandé l’autorisation aux marques les plus importantes, comme Chanel, Dior, Saint Laurent… Elles ont toutes donné leur accord, sauf une, et elles sont devenues des clients. »

Modem connaît ensuite un succès immédiat auprès des professionnels.

« La sortie de la première édition était un moment fantastique, le triomphe ! Tout le monde nous demandait pourquoi on ne l’avait pas fait avant ! Cela correspondait à ce qu’il manquait. »

Paris en poche, Ezio s’envole pour Milan, pour une édition qui met en exergue la niche montante de
créateurs italiens qui aujourd’hui sont leaders du marché de la mode.
«  Le marché italien était dominé par les grandes maisons commerciales. À Milan, je n’ai mis en évidence que la petite niche, parce que ce qui m’intéressait, c’était la dimension créative. Les marques à Milan étaient reconnues mais pas connues, et Modem a permis aux créateurs de créer un véritable business. L’argent m’importait peu, je voulais faire des choses qui ont du sens et auxquelles je tiens. Je n’ai pas cédé aux grands groupes, et être resté comme je suis m’a permis d’aider cette niche milanaise à évoluer. Milan, c’est tout simplement importissime dans la mode ! »

De New York à Tokyo, Modem est devenu incontestablement l’outil indispensable pour les
acteurs de la mode.

interview ezio barbaro

L’urgence d’un changement radical 

Ezio Barbaro : « Qui vivra, verra ! »

La Fashion Week a été annulée, aucune marque ne pourra défiler, du moins d’ici septembre. Pensez-vous que l’urgence sanitaire remette en question la totalité de l’activité soutenue de l’industrie de la mode ? Cela changera-t-il réellement quelque chose ?
« Je pense que le confinement a fait du bien, des gens importants ont commencé à comprendre que notre environnement est fragile et qu’il ne faut pas troubler notre équilibre existentiel. Il faudrait tout diminuer, faire des collections éthiques qui correspondent à une économie circulaire, c’est ce qui peut contraire l’économie du secteur de la finance. Ce sont les marques de mode et les créateurs qui doivent créer un nouveau modèle. Avant, ils portaient en eux des valeurs, mais ces dernières se sont aplaties et la mode est devenue commerciale.
On ne reviendra sûrement pas en arrière, mais il est important que la mode éthique soit tendance, et le marketing évidemment suivra pour influencer les comportements. »

Modem, c’est l’expertise dans tous les cas de figures. Ezio fait confiance à ses collaborateurs
et ne doute jamais de ceux qui travaillent d’arrache-pied pour le conseiller et développer son
activité

Qu’en est-il de Modem dans cette remise en question : avez-vous une nouvelle stratégie pour dépasser la crise ?
« En juin, on ne sort pas d’édition de Modem et c’est grave. Je suis en train de préparer une stratégie pour être plus actif en ligne, notamment avec des newsletters. Sinon, on est mal comme tout le monde ! On construit un nouveau site complètement différent esthétiquement, et plus instinctif. Le contenu sera pareil, mais l’utilisation sera plus agréable. Il a aussi fallu tourner la page, et passer à des couvertures graphiques. »

Rappelons que de grands artistes ont contribué aux couvertures de Modem. Des œuvres ont
été mises en avant sur les anciennes éditions, de David Bowie à l’architecte Zaha Hadid, ou encore
Robert Longo…
« Nos couvertures sont légendaires et elles le resteront. »

Une page se tourne, et les acteurs de la mode sont amenés à trouver une nouvelle manière d’interagir et de créer, pour muter vers une industrie responsable et engagée.