Portrait de la Galerie T&L

Ces dernières années, on assiste à la mutation du marché de l’art. Tant du point de vue des propositions artistiques, que de la dématérialisation du marché lui-même. Phénomène parallèle, on remarque la multiplication des galeries d’art itinérantes. Parmi lesquelles, la Galerie T&L dont le succès est de plus en plus prometteur. 

Galerie Joseph dresse le portrait de cette galerie, à l’occasion d’un entretien mené avec Léopold Legros l’un des deux membres fondateurs. 

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La passion avant tout chose

Léopold Legros aime rappeler qu’il n’est pas issu d’une famille liée au monde de l’art. Il est sensibilisé à la culture classique dès son plus âge, par son père musicien qui dirige un ensemble de musique baroque. Un élément qui a certainement joué, dit-il, dans sa volonté d’entreprendre des études d’art à l’École du Louvre. Une porte d’entrée vers le monde de l’art.

La rencontre avec Tancrède Hertzog se fait à la TEFAF de Maastricht, l’une des foires d’art les plus réputées au monde. De là naît une amitié tout d’abord, qui se concrétise très vite par une passion commune et le goût des affaires. Les deux jeunes hommes décident de monter rapidement un projet qui prend la forme d’une galerie. « Nous pensons qu’une création d’entreprise est aussi une aventure humaine, et nous souhaitons la vivre à deux ».

Ouverte en 2015, la Galerie T&L a deux domaines de spécialités : l’art d’après-guerre et l’art contemporain. Véritable passionné, le duo entend revaloriser cette période prolifique des années 60 et 70 qu’il juge encore trop injustement sous-évaluée par les institutions et le marché actuel. Il est aussi de l’intérêt des jeunes galeries de se spécialiser très vite dans un domaine précis. Ce qui lui permet de se démarquer sur le marché en érigeant un modèle de référence pour les amateurs.

Dernière exposition en date « 69 année érotique », du 21 novembre au 7 décembre 2019.
Dans le vaste espace du 24 rue Beaubourg, un seul mot d’ordre : donner à voir non pas l’engagement politique, mais plutôt le mouvement de libération des mœurs et d’affranchissement sexuel qui a suivi Mai 68. Au programme, une cinquante d’œuvres d’artistes français et internationaux : Leonardo Cremonini, James Rosenquist, Ivan Messac, Jacques Monory, Evelyne Axell… Des personnalités du mouvement pop art injustement tombées dans l’oubli et revalorisées à l’occasion de cette grande exposition.

Forte de son succès, en janvier 2020 les deux galeristes décident de poursuivre l’exposition avec une sélection des meilleures pièces dans l’espace Prisme, 39 rue de Grenelle.

Un œil avisé de connaisseur

La force du duo: une sensibilité accrue et un véritable amour de l’esthétique. Les références des deux galeristes, Thaddaeus Ropac « pour son parcours admirable » et Stéphane Corréard « pour l’originalité de son projet Loeve & Co qu’il mène avec Hervé Loevenbruck ».

Cette passion, c’est ce qui fait toute la singularité des marchands dans le milieu de l’art. Savoir parler de ce qu’on représente, défendre ses choix, et établir une ligne curatoriale. Ce qui fait sens dans la cohésion de l’ensemble des artistes représentés par la galerie… Autant d’aptitudes requises pour exercer le métier de galeriste.

C’est à deux qu’ils conçoivent la scénographie des expositions, sans jamais appel à un commissaire extérieur. Un choix délibéré de leur part, puisqu’il tiennent plus que tout à cet aspect fondamental de leur métier. Cela va du choix des œuvres présentées, au catalogue d’exposition. Le commissariat est la pierre angulaire de chaque projet, il détermine fondamentalement la réussite d’une bonne exposition. Celle qui marquera les esprits, donc. Un véritable atout pour Léopold et Tancrède, qui envisagent d’ailleurs de proposer leur service à d’autres acteurs du milieu.

Monter une exposition, c’est aussi une certaine prise de risque. Pourquoi mettre en avant telle œuvre plutôt qu’une autre ? Dans le vaste panel qui est offert, qu’est-ce qui détermine le choix pour un artiste ? Au-delà de ces considérations et avant toute chose, accompagner le visiteur et susciter l’émoi. Bien que chaque rencontre soit différente, c’est aussi une relation de confiance et sur la longue durée qu’il faut sans cesse entretenir avec les collectionneurs.

Concrétiser des projets exceptionnels

Dès sa création en 2015, la Galerie T&L est et à vocation à rester itinérante. « Nous ne ressentons pas le besoin d’ouvrir un lieu fixe dans l’immédiat ». Pourtant, choisir de s’établir dans un lieu pérenne n’est-il pourtant pas gage de sécurité ? Comme Léopold le rappelle, l’intérêt d’une galerie nomade tient en trois mots : liberté, flexibilité, renouvellement.

Avoir un lieu mobile, c’est aussi se préserver des frais fixes d’une galerie. Cela offre plus de souplesse dans la gestion de son budget locatif, avec une possibilité plus large de pouvoir investir sur des gros projets. « Nous sommes extrêmement agiles et nous pouvons nous adapter à chaque situation : en cas de crise comme en situation de croissance ».

En 2017, la Galerie T&L investit le majestueux Donjon de Vez. Ce superbe château médiéval au nord de Paris a été transformé en centre d’art par son propriétaire Francis Briest, fondateur d’Artcurial. Un lieu exceptionnel. Ce qui fait la singularité du projet, c’est aussi la force du dialogue instauré entre ce bâtiment historique traversé par les siècles et l’art contemporain. Car l’art, c’est aussi une histoire de conversation entre les périodes.

Au programme, un parcours entre les œuvres monumentales de neuf artistes : Paul Kremer, Edwart Vignot, François Malingrëy, Tommaso Spazzini, Eva Jospin, Simon Rouby, Ferdinand Makouvia, Constantin Briest et Olivier Urman.

La Galerie T&L n’a pas fini de faire parler d’elle. La prochaine exposition à venir est une rétrospective sur le travail de l’artiste surréaliste anglais Stanley William Hayter. Une actualité que Galerie Joseph ne manquera pas de relayer !

Photo en duo, Exposition "Figurations Parisiennes"