Une exposition d’art dans le Marais, qui célèbre la poésie

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Nous sommes le 12 mars 2020 en plein Marais. En cette fin de journée qui sonne le glas des tristes soirées hivernales, la rue Chapon est joyeusement animée. Et pour cause, la Galerie Guido Romero Pierini – Michael Timsit inaugure une exposition d’art contemporain attendue depuis de longues semaines !

« Ut Pictura Poesis », un titre joliment trouvé en hommage à l’Art Poétique d’Horace. Un recueil antique dans lequel il est question d’une comparaison entre la peinture et la poésie. Dans ce paragone, on retrouve l’idée que la poésie est une peinture parlante et que la peinture est une poésie muette. Et c’est bien ce dont il est question avec l’univers des trois artistes représentés : Marion Bataillard, Marius Pons de Vincent et Maximilien Pellet.

Une majestueuse exposition d’art dans un des quartiers les plus actifs de la capitale. 21 rue Chapon, un lieu exceptionnel et atypique en plein Marais. Un espace de 130m2 répartis sur deux étages, dont un rez-de-chaussée ouvert sur la rue par une large vitrine. À l’intérieur, pour le plus grand plaisir des amateurs et néophytes, une exposition d’art contemporain qui conjugue différentes pratiques artistiques. Une ode à la joie, aux couleurs et à l’amour de l’esthétique. 

Marion Bataillard, Melancholia ou la rate au court-bouillon, huile sur toile, 170x240 cm ©

Marion Bataillard – Une douceur onirique

Marion Bataillard n’en est pas à sa première exposition à la Galerie Guido Romero Pierini – Michael Timsit. Son univers mêle les situations fantasmagoriques et les couleurs acidulées.

Pour cette exposition, l’artiste a choisi d’exposer Melancholia ou la rate au court-bouillon. Elle occupe tout un pan du mur droit au rez-de-chaussée de l’espace d’exposition. Cette magistrale huile sur toile fait référence aux œuvres éponymes d’Albrecht Dürer et Lucas Cranach.

Une représentation onirique pourrait-on dire, non dénuée d’une dimension quotidienne. Une silhouette féminine acéphale et nue se tient par la main droite à une barre de fer. Elle divise la composition en deux parties. Recouverte d’un simple filet de pêche bleu, la figure est comme saisie dans l’instant d’une danse. Il est donc question d’un requin, de petits poissons et de molécules. De l’autre côté, simplement posés sur une table, une bouilloire, un citron et un paquet de bonbons. Sur le rebord, quelques touches de peinture. Dans cette œuvre, on se dit que l’artiste a très certainement voulu représenter un rêve…

Comme une mise en abyme, Marion Bataillard aime bien rappeler son statut de peintre. Quand elle se représente, c’est bien souvent en qualité d’artiste. D’autrefois, la toile, le pinceau et les tubes de peinture suffisent simplement à rappeler qu’elle n’est jamais vraiment loin. Ce dont il est question dans Peinture aussi exposée, où l’artiste brandit fièrement une toile devant les yeux du spectateur.

Ses natures mortes expriment son amour pour la représentation de ce qui nous entoure, des moindres détails de notre quotidien. Des jeux de lumière, des hymnes à la vie dans cette exposition d’art en plein coeur du Marais.

Marius Pons de Vincent, Paysage tactique, peinture sur et sous verre, 100x70 cm ©

Marius Pons de Vincent – Brouiller les réalités

Marius Pons de Vincent est de ces artistes qui marquent par l’originalité des médiums employés. Il se questionne sur sa condition de peintre et sur le monde dans lequel il évolue. Pour cela, il introduit dans ses œuvres une réflexion sur la nature du visible. Nous parlons de peinture bien évidemment. L’artiste travaille sur et sous verre, une technique plutôt rare nous en convenons.

Pour cette exposition, il choisit essentiellement de montrer des œuvres dans lesquelles il clame son statut. Le verre employé, c’est surtout celui de ses palettes de peintre. Sur cette matière, il organise l’aléatoire et donne une nouvelle vie à l’objet. Ces palettes graphiques se parent de noms d’enfants : Louis, Suzon, Augustine… Ce sont ceux qui gravitent autour du fils de l’artiste. Ainsi, l’objet acquiert une nouvelle dimension. Il est à la frontière entre la sculpture, la gravure et la peinture.

On pourrait s’y méprendre sur sa technique, tant Marius la maîtrise. On s’approche, on observe et on appréhende petit à petit l’imbrication de ces différentes strates de peinture sous le verre. Les palettes sont différentes, les couleurs chatoyantes, et cependant si complémentaires. Ces petits panneaux de verre fonctionnent aussi bien unitairement que pris dans un ensemble.

Ses œuvres plus monumentales convoquent l’univers numérique. Dans Paysage tactique, ce n’est ni plus ni moins que l’écran digital qu’il cherche à traduire. Les couleurs sont à la frontière du monde numérique.

L’artiste peint aussi sur chiffon, une technique qui rappelle ses longues heures passées dans l’atelier à essuyer le(s) pinceau(x). Ces morceaux de tissus gorgés de matière font partie du processus créatif. Un corpus de tâches qu’il vient enchâsser, sur lequel il raconte une autre histoire.

Une exposition d’art en plein Marais, où chaque artiste magnifie à sa façon l’acte créatif.

Maximilien Pellet, La mosaïque et la sculpture, enduit sur bois, 220x250 cm ©

Maximilien Pellet – Voyager dans le temps

Le travail de Maximilien Pellet s’apparente à une réflexion sur l’évolution des styles, des formes et des motifs. L’artiste laisse volontiers de côté le chevalet. Il reprend des techniques ancestrales et revisite l’histoire de l’art en tissant des liens entre les époques. C’est avant tout la technique de la fresque qu’il convoque dans La mosaïque et la sculpture. Une peinture murale qui repose sur un savoir-faire très précis.

Acte préparatoire, l’artiste trace dans la matière de légers reliefs pour définir les contours des motifs. Son travail se fait graduellement, on sent toute la précision de ses gestes. C’est sur ces motifs qu’il applique son enduit, fait à partir de pigments colorés.

En vis-à-vis de Melancholia ou la rate au court-bouillon, l’œuvre renforce l’observation sur les différentes pratiques picturales. Cette réflexion, il la poursuit dans ses aquarelles sur papier. Elles sont autant de questionnements sur la forme, un des concepts fondamentaux de l’expression plastique.

Une exposition d’art en plein coeur du Marais qui n’en finit pas d’attiser la curiosité des spectateurs !